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Aimer, boire et chanter
affiche film   Réalisateur : Alain Resnais
Avec Sabine Azéma, Hippolyte Girardot, Caroline Silhol
Pays : France
Date de sortie : 26 mars 2014
Durée : 93 minutes
Distributeur : Pacte (Le)
Résumé :
Dans la campagne anglaise du Yorkshire, la vie de trois couples est bouleversée pendant quelques mois, du printemps à l’automne, par le comportement énigmatique de leur ami George Riley.
Lorsque le médecin Colin apprend par mégarde à sa femme Kathryn que les jours de son patient George Riley sont sans doute comptés, il ignore que celui-ci a été le premier amour de Kathryn. Les deux époux, qui répètent une pièce de théâtre avec leur troupe amateur locale, persuadent George de se joindre à eux. Cela permet à George, entre autres, de jouer des scènes d’amour appuyées avec Tamara, la femme de son meilleur ami Jack, riche homme d’affaires et mari infidèle. Jack, éploré, tente de persuader Monica, l’épouse de George qui s’est séparée de lui pour vivre avec le fermier Simeon, de revenir auprès de son mari pour l’accompagner dans ses derniers mois. Au grand désarroi des hommes dont elles partagent la vie, George exerce une étrange séduction sur les trois femmes : Monica, Tamara et Kathryn
Laquelle George Riley emmènera-t-il en vacances à Ténérife ?

Critique(s) :
« Aimer, boire et chanter » : les derniers jours d'un séducteur

Attention : film jubilatoire ! Voilà un Resnais « resnainissime ». La dernière pirouette d'un magicien du cinéma avant son adieu à la scène. Quelque chose de Marivaux qui se serait égaré dans le Yorkshire, une comédie de caractère qui aurait enchanté La Bruyère. […]

Du théâtre, direz-vous, et vous n'aurez pas tort. Sauf que c'est aussi du cinéma. Et même de la bande dessinée – des dessins de Blutch découpent joliment le film. « Je voulais tenter de faire ce que Raymond Queneau appelait dans Saint Glinglin la “brouchecoutaille”, expliquait Resnais. C'est-à-dire une sorte de ratatouille. Abattre les cloisons entre le cinéma et le théâtre et, ainsi, se retrouver en pleine liberté. » La recette devait être formidable, c'est succulent à souhait !

Obsession pour les pendules

Aux prises avec un événement inattendu et dérangeant, nos trois couples normaux, ou plutôt supposément normaux, ne tardent pas à décompenser. Les trois femmes en quête de George, mais aussi leurs trois maris, tous sombrent dans une sorte d'hystérie généralisée révélatrice de leurs caractères.

Kathryn, trop vivante pour la vie qu'elle mène ; Colin, dont l'obsession pour les pendules rend sa vie déprimante ; Tamara, la compassion faite femme ; Jack, un crétin aussi amoureux de sa femme, de sa maîtresse et de sa fille chérie que de son fric ; Monica, sorte de grande ado qui n'a pas encore compris grand-chose à la vie ; Siméon enfin, plus à l'aise parmi la nature qu'au milieu de cette faune humaine à laquelle il ne comprend goutte… Tous les six ont leur idée sur ce satané George qui semble prendre un malin plaisir à mettre leurs vies sens dessus dessous.
A mesure que passent les saisons, les situations deviennent de plus en plus inextricables. Le piège tendu par George se referme sur les névroses de ce petit monde. Qui aura l'insigne honneur de l'accompagner à Ténérife pour son dernier voyage ?

D'abord feutrée, la bataille finit par éclater au grand jour. Pas de claquements de portes – ici, on entre et on sort en écartant des toiles peintes ; pas davantage de reconstitution et de décors sophistiqués – un gazon et des fleurs artificielles suffisent pour donner aux trois jardins un air anglais. Pour sa troisième adaptation d'une pièce d'Ayckbourn (après Smoking/No Smoking et Cœurs), Resnais donne dans l'épure maximale. Et fait mouche comme rarement, sur des dialogues joliment ciselés par Jean-Marie Besset.

Resnais voulait laisser le spectateur libre de tout inventer, de tout imaginer. Mais alors, direz-vous, ce George qu'on ne voit jamais, qui est-il ? C'est justement ce qu'il vous faudra deviner.

Le 25/03/2014, Le Monde, Franck Nouchi
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